Cheikh Mouhamadoul Mourtada Mbacké, l’ouvreur des voies

Au tribunal de l’Histoire, certains Hommes n’auront besoin ni de plaider ni de se justifier tant leurs nobles œuvres parleront d’elles mêmes. Cheikh Mouhammadoul Mourtada est une de ses figures de l’Histoire de l’Humanité. Paradoxalement il n’aimait pas disserter sur ses bonnes œuvres. Il disait toujours: «Dieu les as vues.» N’est-il pas écrit dans le noble Coran : «Œuvrez ! Allah voit vos œuvres ainsi que le Prophète et les musulmans».
Mais ce «  gardien du temple », rénovateur et acteur inlassable de l’Islam savait que le monde n’est guère un spectacle. Il avait conscience de sa mission de défenseur de la foi. Il aidait les gens simples à  raffermir leur croyance et cela par une voie qui leur était accessible, dans un monde dominé par le matérialisme et le culte de l’argent, surtout facile.

Ses nobles origines

Cheikh Mourtada est le fils cadet de Cheikh Ahmadou Bamba, chantre de la non-violence et chef de file des résistants du Sénégal face à  la colonisation spatio-temporelle et aux tentatives assimilatrices de l’empire français. Son père a vécu deux exils et une privation de liberté le restant de sa vie. Sa mère est Sokhna Faty Touti DIOP, celle-là  même qui a mémorisé le Coran à  Ndaam et a réécrit, sans le regarder, cinq fois le texte sacré. Une tà¢che menée de front avec son rà´le de femme au foyer. (Wal baladu tayyibu yaxruju nabà¢tuhu bi izni Rabbihi). Sa sÅ“ur Soxna Diop Mbacké a écrit quatre exemplaires du Coran avant de partir sur la pointe des pieds, à  la fleur de l’à¢ge.

Un visionnaire

Après des études islamiques au Sénégal et en Mauritanie, Cheikh Mourtada comprit vite qu’il faudrait au Sénégal des écoles prodiguant des connaissances islamiques dignes de ce nom mais alignées sur le système officiel. En clair, des écoles modernes avec des formations diplà´mantes comme l’exige notre époque.
Quand cheikh Mourtada a commencé à  nourrir un tel projet, le Sénégal n’était pas encore indépendant. Il en fit part à  Serigne Fadilou Mbacké, Khalife Général des Mourides, qui le félicita, l’encouragea. Cheikh Mourtada rédigea une lettre à  l’attention du gouverneur de l’Afrique Occidentale Française dont la capitale était Saint-Louis. Serigne Fadilou y mit son sceau. Pour éviter toute mesure dilatoire ou prétexte imaginaire il fit le tour des chefs religieux du Sénégal en commençant par Serigne Cheikh Mbacké, fils aîné de Cheikh Moustapha Al-Karim, premier khalife des Mourides et grand intellectuel. Il rendit visite ensuite au savant et fin analyste Serigne Bassirou Mbacké, fils et biographe de Cheikh Ahmadou Bamba. Ce dernier approuva le projet et mit son sceau. Cheikh Mourtada présentera le projet à  El hadji Abdoul Aziz SY, Cheikh Bou Kounta Ndiassane, Elhadji Seydou Nourou Tall et Elhadji Ibrahima NIASSE de Médina Baye qui donnèrent tous leurs signatures. Ce dernier, en plus d’y apposer la sienne, lui remit cinquante sacs de mil. En somme, Cheikh Mourtada avait recueilli l’assentiment de la totalité des religieux du Sénégal. C’est fort de ces soutiens qu’il porta lui-même la lettre au Gouverneur en 1958.
En 1963, Cheikh Mourtada accomplit le pèlerinage à  la Mecque. Une semaine après son retour la Grande Mosquée de Touba est inaugurée par Serigne Fadilou Mbacké, Khalife Général des Mourides. En 1964 il retourne visiter la plupart des pays arabes dont l’Irak, le Liban et l’Arabie Saoudite. C est d’ailleurs au cours d’un de ses voyages en Egypte qu’il se rend à  l’université Al Azhar du Caire o๠il signe un protocole d’accord pour sa chaîne d’écoles. L’université millénaire s’engage à  l’accompagner en moyens humains et matériels. C’est par considération pour ce pacte que Serigne Mourtada baptisera ses écoles Institut Al Azhar.
Jusqu’en 1967 le projet n’est pas sorti de terre à  cause d’obstacles administratifs et financiers mais le Cheikh ne se découragera guère. C’est à  son accession au khalifat en 1968 que Serigne Abdoul Ahad ordonna à  Serigne Moustapha Bassirou de former une commission pour concrétiser un projet aussi ambitieux que salutaire pour l’éducation au Sénégal. C’est ainsi qu’en 1975 la première école est ouverte à  Ndaam. Le décret présidentiel ne sera publié qu’en 1978, soit trois ans plus trad.
Le président Senghor, qui n’était pas enchanté par le projet, usera de tous les subterfuges pour le bloquer, allant jusqu’à  suggérer un format de chaînes d’écoles laà¯ques mais sans subvention de l’Etat. D’ailleurs, lors d’une audience avec le président, Cheikh Mourtada fera remarquer à  ce dernier que si la démocratie est la loi de la majorité, il est tout à  fait légitime qu’un pays comme le Sénégal, majoritairement musulman, puisse enseigner l’Islam à  ses enfants. Senghor ne répondra jamais à  cette remarque.
Cheikh Mourtada avait compris que pour avoir une communauté responsable et éclairée la voie royale était l’éducation et la formation. Ainsi fit-il sien l’adage du Prophète(PSL) qui dit : «Construisez des écoles avant de construire des mosquées». Mais le grand mérite de Cheikh Mourtada est qu’en lieu et place d’écoles traditionnelles se débrouillant avec des moyens rudimentaires allant du feu de bois pour s’éclairer aux tablettes en bois comme support didactique, de l’encre artisanale aux plumes en bambou, l’homme a su inventer l’école- daara. Dans les centres d’apprentissage, le tableau et la craie remplacent les tablettes en bois; les tables-bancs supplantent les nattes en paille ou en peaux de bête. Le cahier, le stylo et la machine à  calculer font leur entrée dans les centres d’enseignement des humanités islamiques au Sénégal. Des humanités tout court. Autant dire une véritable révolution culturelle à  l’époque. Nul doute que si Cheikh Mourtada vivait encore aujourd’hui il investirait dans les tableaux numériques et les tablettes en tous genres pour le confort des apprenants. Il est de ces hommes qui savent faire la différence entre la fin et les moyens. En fin stratège, il a su mettre en orbite un système académique qui, en termes d’organisation et d’exigence pédagogique, a les mêmes ambitions qu’un système soutenu par l’Etat. Et cela en dépit du fait qu’il ne disposait guère des mêmes moyens financiers et humains. Contrairement au système des daaras traditionnels, les élèves en sortent avec des diplà´mes allant du Certificat d’études primaires au Baccalauréat en passant par le Brevet .Les écoles Al Azhar essaimeront partout au Sénégal offrant le nectar de la connaissance à  des milliers de Sénégalais qui n’auraient jamais été à  l’école. En effet, nombre de parents n’avaient aucune confiance dans l’école dite officielle avec ses programmes complètement décalés de la réalité sénégalaise et pétrie de plans inavoués. D’autres parents, même s’ils souhaitaient envoyer leurs enfants à  l’école, n’en avaient simplement pas les moyens. De plus, à  l’époque, dans beaucoup de localités au Sénégal il n’y avait pas d’écoles. Les plus motivés arpentaient des kilomètres pour franchir le portail d’un lieu d’apprentissage aussi bien dans les villages que dans les villes. En effet, dès la fin du cycle primaire, l’élève qui souhaitait poursuivre ses études devait abandonner père, mère, frères et sÅ“urs pour rejoindre une famille d’accueil dans les endroits o๠étaient implantés les Centres d’Enseignement Moyen Général. Le projet de Cheikh Mourtada a complètement changé la donne.
A son rappel à  Dieu le 7 aoà»t 2004, Cheikh Mourtada laissera 287 écoles à  la nation sénégalaise. Cette année-là , 34 759 garçons y étaient scolarisés. Les filles étaient au nombre de 14 428. 319 enseignants étaient payés par Cheikh Mourtada sur fonds personnels.
En digne héritier, Serigne Mame Mor Mbacké a repris le flambeau. D’emblée, il s’est attaqué à  la question de l’Enseignement Supérieur en construisant. Il est entrain de construire à  Ndaam, l’Université Cheikh Ahmadou Bamba (UCAB) d’un coà»t global de plus de 6 milliards de francs CFA. Les centres Al-Azhar ont pu commencer l’enseignement professionnel avec des diplà´mes de Technicien Supérieur communément appelés BTS. Le BTS en électro-mécanique est déjà  effectif tandis que les cycles de formation en agriculture, en élevage, en santé communautaire et en traduction et interprétariat démarreront sous peu. C’est conscient de ce dynamisme que l’Etat du Sénégal a signé une convention avec l’Institut afin que des bacheliers en langue arabe venant d’un peu partout dans le pays puissent intégrer les cursus supérieurs d’Al Azhar. Ironie de l’Histoire !
Cheikh Mourtada, l’Entrepreneur Social
Cheikh Mourtada, l’ouvreur de voies, était conscient du fait que la pauvreté est un obstacle majeur pour une foi sincère et une adoration sereine. Pour faire face à  ce fléau, il initia des sociétés créatrices d’emploi et de richesses dans les secteurs primaires comme tertiaires de l’économie sénégalaise.
Il révolutionna le système des transports en commun au Sénégal en lançant Al Azhar Transports qui créa plus de 300 emplois directs. Autant dire un réel débouché pour les élèves sortis sans perspectives du système éducatif classique. Jusqu’à  ce que Cheikh Mourtada eà»t cette idée de génie, le voyageur sénégalais ne pouvait compter que sur les cars dits NDiaga Ndiaye et d’autres fourgonnettes réaménagées. Grà¢ce à  Cheikh Mourtada, les voyageurs sénégalais découvrent les bus en nombre important. En plus d’être plus confortables, les places sont financièrement à  la portée des Sénégalais. Aussi, les bus prennent leur départ dans les quartiers populaires. Marque de fabrique de ce système de transport, le voyageur ne rate aucune des cinq prières quotidiennes. A l’heure de l’office, le conducteur rejoint l’aire de stationnement aménagée à  cet effet afin que les voyageurs puissent faire leurs ablutions et s’acquitter de leurs obligations rituelles. Les cinq prières canoniques seront éternellement reconnaissantes à  Cheikh Mourtada.
Cheikh Mourtada venait ainsi d’inaugurer la voie de la modernisation du système des transports interrégionaux au Sénégal. Des entrepreneurs ont retenu la leçon si bien que les bus foisonnent aujourd’hui et relient les quatre coins du Sénégal.
Dans le domaine alimentaire, Cheikh Mourtada installa des boulangeries en nombre avec des recommandations fermes sur les qualités gustatives du pain au grand bonheur du consommateur. Il se lança également dans l’agriculture et le maraîchage. Les retombées financières étaient au service exclusif de l’islam et de sa communauté.
Cheikh Mourtada était pleinement conscient des calvaires que certaines personnes ayant consacré leur vie au service de l’Islam et de la communauté enduraient au moment de vivre leurs vieux jours. C’est ainsi qu’à  sa disparition en 2004 la liste des bénéficiaires de ses Å“uvres à  caractère social était arrêtée à  700 personnes. L’allocation la plus faible était de 20 000 FCFA par mois. Nous sommes bien au Sénégal, pays o๠certains retraités ayant cotisé des années durant ne perçoivent que 15 000 voire 10 000 FCFA par trimestre.

Un guide temporel et spirituel

Par sa vie active et utile, Cheikh Mourtada nous a prouvé que le chef religieux est un guide dans tous les sens du terme. Il doit agir sur tous les leviers de la vie pour assurer un épanouissement spirituel et matériel à  la nation. Nous sommes bien loin des idéologies qui veulent confiner le chef religieux à  son tapis de prière en l’excluant des «affaires» de la Cité.
Cheikh Mourtada nous a appris que la Cité dans laquelle nous évoluons est la nà´tre, que notre vie est une et indivisible; que notre foi en DIEU doit demeurer notre crédo que toutes nos actions principales doivent tendre à  obéir à  DIEU, que toutes nos actions subsidiaires doivent concourir à  la réalisation de notre raison d’être première : l’adoration de DIEU.
Cheikh Mourtada a ainsi rénové notre compréhension de la religion. Le sénégalais sait désormais qu’il peut être médecin et imam, diplomate et chef religieux, instituteur et conférencier, journaliste et serigne daara (enseignant), technicien et exégète, chauffeur et écrivain, poète et maçon.
Quant aux questions d’ordre cultuel, il disait  «  n’attendez personne quant à  l’application des recommandations divines ». C’est ainsi qu’il renouvela l’entendement des mourides quant à  l’accomplissement de la prière du vendredi dans l’enceinte de la Grande Mosquée de Touba. Pour désencombrer cette dernière il dirigera lui-même l’office du vendredi à  Ndaam, son fief. Les mourides comprirent alors que ladite prière pouvait être effectuée dans toute la ville en dépit de l’attachement des disciples à  la Grande Mosquée. Une fois cette brèche ouverte, il prit ses quartiers à  Alieu pour y diriger les prières du vendredi. Grà¢ce à  cet effort d’interprétation, la prière de vendredi s’effectue désormais dans des centaines de mosquées à  travers la ville sainte. Initiative salutaire car la grande Mosquée ne pouvait plus contenir les milliers de musulmans qui souhaitaient y prier tous les vendredis.

L’infatigable ambassadeur de l’Islam

En même temps qu’il imprégnait fortement la vie des sénégalais, l’Å“uvre de Cheikh Mourtada transcendait les frontières du pays. Il parcourait le monde portant haut l’étendard de l’Islam en digne fils de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul. Egal à  lui-même et constant dans ses convictions, la religion n’était pas une seconde nature chez cet homme, c’était sa nature. Ambassadeur infatigable de l’Islam, il entretenait d’excellentes relations avec les autorités de nombreux pays. C’est ainsi qu’en Egypte, il tissera des liens avec le président Gamal Abdel Nasser puis Hosni Moubarak. Il en fut de même avec le roi Hassan II et le guide libyen Mouammar Kadhafi. La Mauritanie lui envoie quinze enseignants, le Maroc mit quatorze professeurs à  sa disposition et lui offre 44 bourses. Les présidents de pays sub-sahariens comme Ahmed Cheikhou Touré de la Guinée, Son excellence Félix Houphouà«t-Boigny de la Cà´te d’Ivoire ou El Hadji Omar Bongo du Gabon le reçoivent et sollicitent ses bénédictions.
Cependant, ces visites à  l’étranger n’étaient pas uniquement réservées aux grands de ce monde. Lors de ces nombreux déplacements, il rencontrait la communauté sénégalaise et s’imprégnait de ses difficultés liées surtout à  la préservation de leur foi. En effet, des séjours temporaires se sont transformés en demeures viagères. Cheikh Mourtada décida alors de les organiser. Il disait «je n’attends pas de vous la création de dahiras (groupements) qui amassent uniquement des dons pieux (hadiyas) pour les apporter à  Touba.Ceci n’est pas de mon ressort. Je ne vous demande pas d’activer les cercles affiliés aux différents chuyukhs car tel n’est pas mon rà´le. Je vous exhorte à  créer des centres islamiques o๠vous pourrez apprendre votre religion et l’enseigner à  vos enfants nés dans les pays d’accueil.» Cheikh Mourtada vient de labelliser les maisons de l’Islam, affectueusement appelées Keur Serigne Touba. La France donne le la avec l’acquisition, en 1996, d’une résidence islamique. Quelle ne fut pas la joie de Cheikh Mourtada lorsqu’il posa son pied dans cette demeure située en banlieue parisienne ! Les mourides d’Italie suivent le pas de l’Hexagone en acquérant, sur fonds propres, un Centre Culturel en 1997. Ce jour-là , Cheikh Mourtada n’eut de cesse de répéter ce verset : «inal arda lilaahi yurisuha man yachaahu wal aaqibatu lil mutaqiina » (La terre appartient à  DIEU. Il en fait hériter qui Il veut et la fin revient à  ceux qui Le craignent). Désormais les Mourides ont des lieux de rencontres. Endroits o๠ils peuvent se réunir et échanger dans des moments d’intenses prières et de recueillement. Le disciple qui ne peut pas se rendre à  Touba pour une raison quelconque se dirige alors vers ces centres d’asile culturel et spirituel.
De l’autre cà´té de l’Atlantique, précisément aux Etats-Unis, les autorités reconnaissent officiellement le Bamba Day, 28 juillet à  New York, journée d’hommage au héros de l’Islam, Cheikh Ahmadou Bamba. Ce digne fils de l’Afrique qui n’appelle qu’à  l’adoration du Dieu unique et au travail sans répit. Celui-là  qui écrit dans son poème Midaadi au vers 61 : «à” Toi l’Eternel, mon intégralité (mon tout) est à  Toi tout le temps et jamais je ne serai un inerte à  la charge des autres.» Une référence à  la fois au culte et au travail. «Mon à¢me est tout le temps à  Toi, purifie-la et dirige par moi ma communauté.» écrit Abdoulaahi wa Khadimou Rassoul  au vers 63 de Midaadi.
Pour l’acquisition d’un Centre Islamique à  New York, Cheikh Mourtada déboursera 50 000 dollars avant d’appeler les bonnes volontés à  y participer vivement. Pour la première fois, la puissante Amérique enregistre un don venu d’Afrique étiquetée terre des pauvres. Quelle leçon ! Aujourd’hui, ce centre culturel est au cÅ“ur de Harlem et accueille toute la communauté islamique.

La marche de New York

Cheikh Mourtada conduisit les chantiers du retour à  Dieu jusqu’aux Etats-Unis o๠il initia, à  New York, capitale du monde dit moderne, une marche pour rappeler au monde entier ces paroles du Créateur : «Je n’ai créé les humains et les djinns que pour qu’ils M’adorent.» Ce rappel était utile dans un monde o๠l’être humain adore davantage ses besoins artificiels. Pour la première fois dans l’Histoire du monde moderne des citoyens manifestent non pas pour réclamer plus de droits ou des avantages mais pour rendre grà¢ce à  Allah, l’Omnipotent.
L’Amérique découvre le mouride, un être profondément croyant mais ouvert et empathique. Le monde entier découvre la culture de la teranga (hospitalité) du bernde (le festin par la nourriture à  profusion) et du travail. Le mouride est celui qui voit dans chaque créature le reflet du Créateur Suprême. Il considère qu’aucune à¢me n’est de trop sur cette terre. Cheikh Mourtada a consacré son existence à  traduire ce principe dans les actes. La mission a été si réussie que les salles de conférence des Nations-Unies sont ouvertes chaque année pour que les mourides y déroulent des programmes culturels avec des discours de paix et de concorde à  l’adresse de la terre entière.
Au fronton de ce portrait jaillit le vers de Cheikh Ahmadou Bamba : «Laka Mataabi Wa Shukri wa Ridaa, Yaa Waacihan Waçahtali Bi Murtada.» (Mon repentir est à  Toi ainsi que mon remerciement et mon agrément. Toi, l’Omniprésent qui a élargi ma voie par le biais de Mourtada). Ce n’est donc guère un hasard si c’est Cheikh Mourtada, affectueusement appelé Goor Yalla (l’homme de DIEU), qui a parcouru le monde pour porter le message authentique de l’Islam à  travers les enseignements de Khadimou Rassoul.
Au lieu de se contenter d’enseigner, il investit dans la formation d’enseignants de qualité ; au lieu de se suffire de son titre de Cheikh, il s’affirma comme porte-étendard de l’Islam. Au lieu d’être un savant unique, il a Å“uvré pour l’éclosion d’autres savants. Cheikh Mourtada était à  la fois un visionnaire et un fin pragmatique, entreprenant des projets toujours d’utilité publique et salutaires. Tout le contraire de l’économie moderne qui n’a comme finalité qu’elle-même.
Les actions salvatrices de l’homme étaient destinées à  toute la communauté Mouhammadienne. Opérateur économique, Imam, Gardien de la sunna du Prophète (PSL), Réunificateur des mourides autour de l’essentiel, Père des orphelins, Bienfaiteur des pauvres, Revivificateur de la religion, Ambassadeur de l’Islam, Cheikh Mourtada assumait toutes ces fonctions à  la fois. Il est le créateur des rassemblements islamiques qu’il a baptisés Jamiatu Tahawuni Ala Taahatillaahi wa Rasuulihii. Il s’agit de groupements d’entraide existant dans chaque grande capitale africaine , européenne ou américaine. Ils portent le même nom. Cheikh Mourtada est également l’artisan des journées culturelles Cheikh Ahmadou Bamba à  travers le monde.

Ses nobles caractères

Cheikh Mourtada était d’un abord facile. Il accueillait l’étranger et adoptait l’orphelin. Parmi ses compagnons nul ne pouvait reconnaître qui était son fils ou son simple disciple. En cela, il avait fait sien ce passage du Coran : «ces bienheureux non seulement tenaient fidèlement leurs promesses et redoutaient un jour d’une violence inouà¯e mais également nourrissaient le pauvre, l’orphelin et le captif, malgré leur propre dénuement en disant nous vous nourrissons uniquement pour l’amour de DIEU, sans attendre de vous ni récompense ni remerciement.» (Sourate 76 – verset 7,8,9)
Partout o๠se trouvait Cheikh Mourtada, Le Saint-Coran était à  ses cà´tés si ce n’est entre ses mains. Il était l’exemple vivant de ce verset coranique : «récitez donc ce que vous pouvez du Coran, car Dieu sait qu’il y’a parmi vous des malades, des gens appelés à  effectuer des voyages sur la Terre, en quête d’une grà¢ce divine, ou à  aller combattre pour la Cause de Dieu. Récitez donc ce que vous pouvez du Coran !» (Sourate 73 – verset 20) . Cheikh Mourtada lisait le Coran assis, debout ou couché, qu’il fut dans une voiture, dans un train ou dans un avion. Il veillait les nuits à  telle enseigne que ses chevilles étaient gonflées. Sa générosité était légendaire. Quand un visiteur lui soumettait ses problèmes financiers, il lui donnait ce qu’il avait sous le coude en lui disant : «prends cette avance et reviens tout à  l’heure afin que je te redonne». Trait de caractère qu’il a hérité de Cheikh Ahmadou Bamba qui demandait à  DIEU de lui envoyer des gens dont il satisferait les besoins. Ces nobles caractères font écho à  ces versets de la sourate As-Sajda : «seuls croient réellement à  nos versets ceux qui s’empressent de se prosterner lorsqu’on les leur rappelle, qui exaltent la louange de leur Seigneur et se dépouillent de tout orgueil. Ceux dont les flancs s’arrachent à  leurs lits pour prier leur Seigneur avec crainte et espoir. Et qui donnent en aumà´ne une partie de ce que nous leur avons accordé. Nul ne peut soupçonner les multiples joies dont seront récompensées les Å“uvres de ces Hommes.» (Sourate 32- versets 15,16 et 17).
Qui connaît Cheikh Mourtada sait que son discours ne variait jamais. Il exhortait les visiteurs, ses disciples et ses compagnons à  suivre les recommandations de Dieu et à  s’éloigner des interdits. Il tenait le même discours que son interlocuteur fà»t un homme ou une femme, un adulte ou un enfant, un riche ou un pauvre, un savant ou un inculte. N’importe quel érudit pouvait être son porte-parole car il ne se référait qu’au Coran et à  la Sunnah, (tradition prophétique). Il n’avait guère d’autres centres d’intérêts ni de besoins stricto-personnels.
Cheikh Mourtada était clair de peau, de taille moyenne, gardait toujours le regard baissé. Un chèche blanc couvrait toujours sa tête. Il avait une voix suave. Cheikh Mourtada ne riait jamais aux éclats. Uniquement pouvait-on surprendre un sourire radieux illuminer souvent son visage. Sur sa main droite était écrit son prénom Mouhammad. Il est né avec. Il le montrait à  qui il voulait. Certains pouvaient le voir et d’autres non.
C’est à  l’orée de ses 83 ans qu’il fut arraché à  notre affection. A la surprise générale, tous ses biens furent déclarés waqf1. Théorisée dans les livres de fiqh, Cheikh Mourtada donna à  corps à  cette pratique islamique traditionnelle consistant à  rendre ses biens non seulement inaliénables mais avec un usufruit destiné exclusivement à  des Å“uvres d’utilité publique et à  des institutions religieuses.
Notre unique consolation est qu’il nous a montré la voie. Son fils, Serigne Mame Mor Mbacké perpétue son Å“uvre et fait avancer courageusement tout ce que l’homme de Dieu avait mis en place. Qu’Allah le protège et lui accorde une longue vie ainsi que toute la puissance nécessaire pour perpétuer une mission aussi noble qu’exaltante : ambassadeur de l’Islam. L’espoir est permis car le Coran dit : «ceux qui combattent pour notre cause nous les guiderons assurément sur nos sentiers car Dieu est avec ceux qui s’appliquent à  accomplir des Å“uvres salutaires. » (Sourate 29 – verset 69).
Cheikh Mourtada, l’ouvreur de voies, nous a montré la Voie de la félicité et du salut.

Modou Mamoune Ndiaye

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