Les Journées Abdoullahi Wa Kaadimou Rassoul 2016

Les Journées “Abdoullahi Wa Khadimou Rassoulihi” 2016 au Centre Islamique de Taverny

Le Centre de Recherche d’Etudes et de Documentation Sur L’Islam de Touba-Taverny (CREDI) dont la vocation est de diffuser l’Islam à travers les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba a organisé les 14, 15 et 16 Juillet 2016 des conférences, séminaires, expositions dans le cadre des journées Abdoulaahi Wa Khadimou Rassoulihii. Cette année la thématique centrale retenue par le Comité Scientifique, sous la direction du responsable du Centre Islamique Serigne Souleymane Diouf, porte sur la “Miséricorde Renouvelée”. En marge des grandes conférences, la Commission culturelle présidée par Serigne Gora Diop a initié une exposition sur la vie et l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba devant le hall de la mosquée.

Serigne Souhaybou KEBE, célèbre savant et chercheur sur l’Islam a introduit sa conférence en Wolof dont l’intitulé fut “Ya Rahman Ya Rahim” en référence au célèbre poème de Cheikh Ahmadou Bamba commençant par “Rabii…” Après avoir expliqué le contexte de guerre dans lequel Cheikh Ahmadou Bamba a écrit ce Khassida, le conférencier s’est appesanti sur la notion de miséricorde à laquelle l’Islam accorde une grande importance. En dépit de toutes les brimades qu’il a subies de la part des colonisateurs français, Cheikh Ahmadou Bamba a demandé à Dieu de pardonner à tous ses ennemis. Aussi, implora-t-il son Seigneur dans Matlabul FawZayni : « Ô Seigneur ! A quiconque m’aura injustement blâmé ou offensé, accorde-lui Ton Pardon et puisse-t-il se soumettre à Toi. » Cette belle leçon de sagesse et d’humilité doit être imitée par tous les Hommes, car à travers le pardon, l’homme s’élève en grade devant son Seigneur.

Pour Serigne Souhaybou Kébé, la vérité triomphera toujours sur le mensonge, les nobles caractères valent mieux que le mauvais comportement. C’est dans cette perspective que le Cheikh demande à Dieu de propager sa miséricorde sur toutes les créatures, comme en témoignent ces vers tirés de “Ya Rahman Ya Rahim” : « Ô Détenteur du royaume, Toi qui est au-dessus de toute vengeance, sois miséricordieux envers toute l’Humanité, Toi le guide qui m’a soutenu. » En revanche, Allah n’accorde sa pitié qu’aux croyants sincères. Le Cheikh invite à l’adoration d’Allah et à la paix dans nombre de ses écrits.

Omar Ba, Directeur de publication du Magazine KHIDMA, a repris les différents points développés par le conférencier dans une traduction en français. Il a ainsi rappelé que 1895 est l’année au cours de laquelle le Cheikh a été déporté par les colonisateurs français pour un retour au Sénégal le 11 novembre 1902. Mais l’attachement des disciples envers lui continua de susciter les inquiétudes des autorités coloniales, indique Omar Ba. C’est ainsi que le Cheikh a été l’objet de dénonciations calomnieuses occasionnant une nouvelle déportation en Mauritanie en juin 1903.

Pensant que Cheikh Ahmadou Bamba rassemblait des armes pour préparer une riposte, l’administration coloniale envoya un détachement militaire à Daroul Manane. Omar Ba a longuement insisté sur le message de l’islam qui porte sur la paix et la miséricorde, car selon lui la mission de l’homme sur terre c’est se conformer aux recommandations de Dieu. La religion musulmane semble en crise dans un contexte où des actions menées par certains en son nom sont contraires à la paix, alors que l’islam est une doctrine pacifique.

Quant au Professeur Galaye Ndiaye de Bruxelles, il a axé son intervention sur le concept  « Ya Rahman Ya Rahim », ou le Clément et le Miséricordieux. Aussi dira-t-il, en citant le verset  27 de la Sourate Les Prophètes : « Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour les univers ». Poursuivant son propos il ajouta : « Le message de l’islam n’est rien d’autre que la miséricorde. »

Le professeur Mourtalla M’Boup de Genève portera sa communication sur les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba à la lumière du contexte actuel où l’Islam traverse une crise planétaire due essentiellement à deux facteurs que sont l’émergence du développement et le “djihadisme”. Il a précisé que le “djihadisme” ne correspond pas au Djihad à proprement parler. En effet, le contraste est saisissant entre l’Islam véhiculé par les médias et ce que les disciples mourides vivent. A en croire Moutalla M’Boup, Cheikh Ahmadou Bamba a parfaitement réussi sur deux aspects en répondant à une double interpellation dont la première est une question grave évoquée souvent par les islamophobes qui se demandent si l’islam est apte à promouvoir le développement économique. La deuxième interpellation est la suivante : le djihadisme aurait-il un lien avec l’Islam ?

En répondant à ces deux questions, Moutalla M’Boup a revisité le Khassida HUQQAL-BUKAU dans lequel l’idée du Pacte primordial est convoquée par Cheikh Ahmadou Bamba. Faut-il rappeler que le cadi Madiakhaté Kala, voulant éprouver Cheikh Ahmadou Bamba, lui demanda s’il fallait pleurer sur les Saints (HUQQA). La réponse du Cheikh est tout l’objet de poème. Pour Moutalla M’Boup, HUQQA est le manifeste à travers lequel Cheikh Ahmadou Bamba invite les disciples à méditer sur le comportement des Soufis et sur la manière dont ils adoraient Dieu.

Parmi les qualités essentielles qu’ils (Les Soufis) détenaient pour se rapprocher du Créateur, l’on peut citer : l’endurance, la patience, la prière durant la nuit, le fait d’éviter les paroles inutiles. Le Professeur M’boup a insisté sur le fait que l’Islam soufi adopté par le Cheikh n’est pas apprécié par tous les musulmans. Il est par ailleurs longuement revenu sur la mission de l’homme sur terre : adorer Allah. Selon lui, l’être humain est profondément religieux. Dieu a créé l’homme à son image en lui insufflant son esprit. Ainsi, tout être humain est potentiellement  capable de se souvenir de son Seigneur. La religion doit être conçue comme une guidance universelle qui nous vient de Dieu à travers le sceau de la prophétie et l’Imam de tous les envoyés. L’homme doit déclarer la guerre de manière permanente à Ibliss, l’âme charnelle et aux plaisirs futiles de ce bas-monde. Le Mouridisme donne au soufisme la place qui lui revient. Cheikh Ahmadou Bamba n’a-t-il pas déclaré: « Mon Djihad se fait par le savoir et la crainte de Dieu» ?

Babacar Laye Dione

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